Se nourrir de pierres

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Se nourrir de pierres

Message  Esaïe 35 le Lun 13 Juin - 19:34

« Heureux ceux qui ont faim et soif de justice, car ils seront rassasiés ».

Divers et variés sont les objets qui s'offrent à nous et exercent une attraction sur notre nature. Il nous faut beaucoup de discernement pour distinguer les aliments qui sont utiles de ceux qui nous sont nocifs, et éviter de prendre comme nourriture pour notre âme ce qui lui apporte mort et ruine, au lieu de la vie.

La faim de Jésus

Nous pourrons peut-être éclairer le sens de cette béatitude à l'aide d'un autre passage de l'évangile. Celui qui a partagé toute notre condition, à l'exception du péché, qui a éprouvé tout ce que nous éprouvons, n'a pas jugé qu'avoir faim était une faute; il n'a pas hésité à en faire lui-même l'expérience, il a accepté de connaître les besoins naturels comme celui de la nourriture.

Après avoir jeûné quarante jours, en effet, il eut faim (Mathieu 4/2). Il a donné à sa nature humaine, quand il l'a voulu, l'occasion de s'exprimer. Mais le Tentateur, en le voyant endurer la faim, lui conseilla de la satisfaire avec des pierres, c'est-à-dire de détourner son désir naturel vers ce qui est contre nature. « Ordonne, dit-il, que ces pierres deviennent des pains » (Matthieu 4/3). Peut-on faire un reproche à la culture des champs? Pourquoi dédaigner la semence au point de refuser la nourriture qu'elle produit? Pourquoi condamner la sagesse du Créateur, comme si elle n'avait pas pourvu convenablement à la nourriture des hommes? Si une pierre s'avère désormais plus propre à nourrir, la sagesse de Dieu s'est trompée dans ce qu'elle avait organisé pour conserver la vie humaine. « Ordonne que ces pierres deviennent des pains », le Tentateur le dit et le redit à ceux qui écoutent leurs convoitises, et le disant, il convainc ceux qui cherchent leur nourriture dans les pierres. Quand l'appétit dépasse les besoins, qu'est-il, sinon séduction du diable, qui rejette la nourriture produite par la terre pour désirer ce qui n'est pas de la nature.

Se nourrir de pierres

Ils se nourrissent de pierres ceux qui mangent le pain de la cupidité, ceux qui se préparent des tables somptueuses et plantureuses, grâce à leurs iniquités; ceux pour qui les apprêts d'un repas sont une forme de faste pour provoquer l'administration; tout ceci n'a rien à voir avec la subsistance. Quel rapport entre les besoins humains et la lourde et pesante argenterie qu'on étale? Qu'est-ce que la faim? Sinon le désir du nécessaire. Quand les forces s'en vont, l'homme cherche à les renouveler. Il demande du pain ou une autre nourriture. S'il porte à la bouche de l'or au lieu de pain, satisfait-il sa faim?

Quand à la place d'aliments, on recherche ce qui ne se mange pas, on se tourne vers des pierres, parce qu'on recherche autre chose que ce qui importe. Par la sensation de la faim, la nature fait savoir qu'elle a besoin de nourriture pour renouveler les forces perdues du corps, mais toi, tu n'écoutes pas ta nature et tu ne lui donnes pas ce qu'elle demande. Tu veilles à l'argenterie sur ta table, tu as besoin d'orfèvres ! Tu te passionnes pour les figures à graver dans la matière, afin qu'elles traduisent, grâce à l'artiste, les sentiments et les émotions : la colère du guerrier, qui brandit son épée, la douleur du blessé, abattu par un coup mortel, — on croit l'entendre gémir —, le chasseur qui s'élance, le fauve en furie et tout ce que l'art d'hommes frivoles peut représenter sur les ustensiles de la table.

Boire est un besoin de la nature, mais il te faut des trépieds dispendieux, des bassins et des cratères, des amphores et d'innombrables autres objets, qui n'ont rien de commun avec nos besoins. Ne vois-tu pas que ton comportement suit le conseil de celui qui t'invite à te tourner vers les pierres? A quoi bon exposer les autres nourritures qui correspondent aux pierres : les spectacles libidineux, paroles et chants qui éveillent les passions et disposent aux vices, quand accompagnant les repas, ils disposent à la volupté.

Tout cela est incitation du Malin, c'est tout cela qu'il nous suggère, en nous invitant à regarder les pierres plutôt que le simple pain. Celui qui écarte la tentation ne supprime pas la faim naturelle, comme la cause du mal, il supprime le superflu, qui selon le Tentateur, s'impose comme une nécessité, et laisse à la nature le soin de fixer ses propres limites.

Ceux qui filtrent le vin n'en méconnaissent pas l'utilité, et une fois purifié, ils boivent du bon vin. De même, attentif et conscient de ce qui est étranger à notre nature, le Verbe avec la finesse de sa psychologie n'a pas exclu la faim de notre vie, parce qu'elle en assure la conservation; mais il l'a filtrée, lui aussi, en rejetant le superflu, en disant : celui-là connût le pain de vie qui concilie la parole de Dieu et les besoins de la nature.


- Grégoire de Nysse, Père et Docteur de l'Eglise (331-395)

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